Si Lamb Of God est apparu en 2000, ses membres ne sont pourtant pas nés de la dernière averse métallique puisque le même line-up se produisait depuis 1990 sous le nom de Burn The Priest (exepté le chanteur Randy Blythe qui ne rejoindra la formation qu'en 1995), groupe avec lequel les Américains n'ont sorti qu'un seul album éponyme en 1998. Trouvant ce nom trop immature, ils poursuivèrent donc l'aventure avec Lamb Of God, un nom déjà plus inspiré mais toujours avec un ton critique envers les autorités religieuses. Sortira alors New American Gospel en 2000 et As The Palaces Burn en 2003. Devant l'engouement du public pour cette dernière sortie notamment, Lamb of God ne mettra pas longtemps à lui donner un successeur avec ce Ashes Of The Wake (sorti sur la major Epic, ça aide!), qui ne fera sûrement pas retomber le groupe dans l'oubli.
On assimile souvent l'Agneau de Dieu à la "nouvelle" scène métalcore, à tort. Le combo n'a en effet pas grand chose à voir avec tous ces groupes au look émo et aux refrains (mal) chantés en voix claire. Lamb Of God présente, lui, un aspect beaucoup plus rugueux. Ici, pas de mèches frivoles ni de refrains mielleux. Et surtout, on reconnait tout de suite la patte des Américains, alors que tous les groupes de métalcore ont la fâcheuse manie de se copier mutuellement. Déjà, Lamb Of God c'est une voix unique, atypique: celle de Randy Blythe. Difficile à décrire (sorte de voix grave presque growlée mais parfaitement compréhensible au flow qui se module bizarrement et qui part parfois en longs cris écorchés pouvant rappeller Phil Anselmo), celle-ci est tout de suite identifiable et constitue une des marques de fabrique du combo de l'Etat de Virginie. Ses paroles sont en plus assez engagées, notamment contre le gouvernement américain. On peut d'ailleurs souvent voir Blythe porter un t-shirt anti-Bush.
L'autre marque de fabrique, ce sont ces putains de bons riffs groovy, dansants, sautillants, entraînants sur lesquels il est strictement impossible de rester impassible ("Laid To Rest", "Now You've Got Something To Die For", "Break You", "What I've Become"...). Appuyés en plus par la double pédale omniprésente du sieur Chris Adler, souvent utilisée en rafales saccadées, et parfois accompagnés d'harmoniques sifflantes, les riffs sont d'une efficacité redoutable et démontrent le sacré talent de ces gaillards, d'autant que la technicité est également au rendez-vous. Ce qui me fait également plaisir, c'est l'influence thrash US des 80s que l'on sent tout au long de l'album. Ce feeling old-school, à la fois dans les riffs et les soli (écoutez le génial instrumental "Ashes Of The Wake" et ses démonstrations solistes où s'invitent Chris Poland de Megadeth et Alex Skolnick de Testament!), constitue un autre point fort de ce groupe décidément plein de qualités. Mais si Lamb Of God semble garder de bons souvenirs de cette période dorée, il ne fait preuve d'aucun passéisme, son thrashcore groovy étant résolument moderne. Et si le suffixe core s'est rajouté au thrash, c'est parce que le combo lâche quelques mosh-parts qu'apprécieront tous les adeptes des arts-martiaux ("Laid To Rest", "The Faded Line"). Mais ce n'est pas tout, et non, Lamb Of God est un groupe plein de surprises: des touches arabisantes viennent parfois enrichir l'ensemble (comme sur "Now You've Got Something To Die For" et l'excellent motif qui suit la mosh-part de "The Faded Line").
Par rapport au précédent album, le très bon As The Palaces Burn, Ashes Of The Wake n'a donc pas à rougir. Aussi inspiré et efficace que son aîné, il bénéficie même d'une meilleure production (de Machine et du groupe lui-même), plus claire, plus soignée et donc plus propre. On regrettera par contre le manque d'importance laissée aux guitares qui ne s'imposent pas assez face à la batterie mixée très en avant (surtout la grosse caisse). Son magnifique artwork (dessiné par K3n Adams) joue aussi en sa faveur. Seuls une violence accrue chez As The Palaces Burn et un côté plus lisse pour Ashes Of The Wake pourrait faire pencher la balance de l'autre côté. Mais qui nous demande de choisir de toute façon? Sachez simplement que les deux albums sont tout aussi recommandables.
Avec Ashes Of The Wake, Lamb Of God confirme haut la main les espoirs que l'on avait placé en lui depuis New American Gospel et surtout As The Palaces Burn. Inspiré et gorgé d'un groove moderne au feeling old-school renvoyant à la Bay Area, Ashes Of The Wake fait de Lamb Of God une valeure sûre sur laquelle il faudra compter à l'avenir. D'autant que pour sortir la tête de la masse grouillante de groupes inutiles, il faut savoir façonner son propre son. Et cette qualité, Lamb Of God l'a, assurément.